Serotonine, Michel Houellebecq

J’ai terminé, avec ce même sentiment de légère nausée que j’éprouve à la fin de la lecture de ses livres, et qui fait que fort curieusement, je ne garde pas les ouvrages de Michel Houellebecq dans ma bibliothèque, je les donne. Je ne comprends pas trop certains commentateurs, qui expriment le dégoût que leur inspirerait l’auteur et en conséquence refuseraient sa lecture. On lit un livre, on ne fréquente pas une personne dans sa dimension physique. MH est peut-être (je n’en sais rien) une personne glauque et visqueuse, mais c’est avec ses livres qu’on commerce. Et certes, avec Serotonine et ses précédents, Il nous tend un bien sale miroir de notre époque, oui, et malheureusement, au hasard des pages, on peut retrouver sous sa plume un sentiment secret qui nous a traversé, une idée qui s’est insinuée en nous, et peut-être au fond nous lui en voulons nous pour cela.

Nous lui en voulons aussi pour désacraliser les pauvres valeurs auxquelles nous nous raccrochons dans nos efforts pour nous maintenir « propres », à peu près en paix avec nous-mêmes dans ce monde inquiétant qui semble partir à van l’eau. Compassion, empathie sont balayées d’un revers de plume. Chez Houellebecq, même l’amour, cette grande affaire, cette perche de salut, dans la vie et dans la littérature, se conjugue avec l’échec, au passé. Sa dimension physique n’est en rien non plus gage de paix et d’harmonie, ses scènes d’amour sont glauques, c’est du cul, Houellebecq, pour mieux exprimer son dédain, ne prend même pas varier les synonymes hors sa trilogie « bite, chatte, cul ». Ses scènes de sexe n’amènent aucune épiphanie de l’âme et du corps, au contraire, elles sont souvent aveu d’impuissance morale et physique. Compassion, empathie sont mesurées au compte goutte, ceux des fioles minuscules des médicaments sensés nous apporter sinon le bonheur au moins la paix, qui sait.

L’auteur fait référence à un moment du livre à un instant qui ressemble à de la sérénité, mais la sérénité qu’on peut approuver lorsqu’un malheur vient d’être évité, et nous laisse indemne dans la réssurante médiocrité de nos habitudes. MH me rappelle un autre auteur, tout aussi brillant et glauque que lui, Hubert Selby Jr, et si quelqu’un ici a pour projet de lire « Le Démon » ou « Last Exit to Brooklin », je conseillerais à cette personne d’attendre l’été, et d’entamer ces lectures dans une maison pleine d’amis au soleil de Toscane, sous peine de finir profondément déprimée…

Oui, Michel Houellebecq est méchant, mais au fond Proust est aussi terriblement méchant à sa façon (Ah, les Verdurin, ah, monsieur de Norpois !), Céline est méchant dans un genre claironnant. Et Michel Houellebecq sera un jour considéré comme un grand auteur français du XXIeme siècle. Probable qu’il traversera les générations et les collections.

Au fond, peut-être seuls les « méchants » accèdent au statut de grands écrivains, parce qu’il ne nous tendent pas le miroir complaisant que tant d’autres brandissent.

bfoglino Écrit par :

Auteur de cinq romans, J'ai, pendant des années, envoyé vainement des manuscrits par la Poste à des éditeurs. Cette période d'échec m'a permis de réfléchir et d'étudier les mécanismes de l'écriture narrative. C'est cette expérience, qui m'a permis de me faire ensuite publier, que je souhaite partager avec vous

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